Séjour à l’hôpital Européen de Marseille

Jour 1

Je n’étais vraiment pas bien ce matin du jeudi 20 août. Dans la nuit, la toux sèche qui m’accompagnait depuis un mois s’est mise à s’emballer. La fièvre montait et mon corps donnait l’impression d’avoir été tabassé. J’attendais le lever du jour avec impatience pour aller aux urgences, afin d’éviter l’ambiance glauquissime des salles d’attentes la nuit.  Conduit par ma compagne, j’arrive à 8h pile aux urgences de l’hôpital européen de Marseille. J’ai choisi cet hôpital parce qu’il est neuf, pas loin de chez moi et disposant d’un service pneumologie.

Une belle surprise m’attendait : personne et un guichet ouvert ! Je note au passage que mon intuition était bonne : la salle d’attente est superbe, bancs en bois massif, plantes exotiques et une propreté des sols au moins égale à celle du centre commercial des Terrasses du Port !

Je me présente (au guichet), me déclare fiévreux, suis rapidement enregistré et invité à patienter sur un banc… J’ai à peine le temps me dire que c’est merveilleux d’être pris en charge sans avoir à présenter sa carte bleue, qu’un jeune infirmier enjoué m’appelle et me conduit aux services des urgences.

Et là, le paradis s’ouvre à moi : trois belles et euphoriques infirmières (je ne sais pas quel cocktail de produits éthérés circulent dans l’air ….) me prennent en main : questions sur ma santé, prise de sang et de température. Ensuite on m’installe délicatement  sur un lit roulant avec masque à oxygène et perfusions diverses. Nonobstant ma fatigue et mon mal de crâne, je me sentais très bien comparé à la nuit cauchemardesque que je venais de vivre ! Je récitais intérieurement mes louanges à la France et à son système de santé si parfait. Ce n’est pas dans les hôpitaux publics américains qu’on verrait une telle perfection malgré les 2 mandats d’Obama pour arranger ça.

Un médecin vient me voir et décide de m’envoyer faire une radio des poumons puis un scanner.

C’est serein, apaisé que je pars en somnolence heureuse sur mon lit roulant, aidé en cela par l’oxygène bienfaiteur et le délicieux effet du paracetamol en perfusion. A 10h30 on m’annonce que je vais être hospitalisé. N’y voyant aucun inconvénient, l’on me fait rouler par des portes et des couloirs jusqu’au service pneumologie. Ma chambre est belle, sobre avec une grande salle de bain. On aurait pu se croire dans un hôtel Ibis si le lit n’était équipé de vérins et d’une télécommande.

J’ai passé la journée à somnoler dans cette même bienfaisance, alternant paracétamol et acupan pour varier les plaisirs, masque à oxygène, et bien sûr l’indispensable, le roi des rois de la médecine : l’antibiotique. Les infirmières sont aux petits soins ; ma compagne passe me voir en fin d’après-midi puis re-sommeil jusqu’au lendemain matin où enfin je me sens mieux. J’ai survécu !

Jour 2

Après un petit déjeuner « clinique », vers 10h, je demande à l’infirmière avec la voix sage et posée d’un homme qui connait maintenant la valeur de la vie, si elle sait ce que j’ai. On me dit d’attendre la visite du médecin qui doit passer dans la matinée.

Le docteur arrive vers 16h (!), m’annonce que j’ai une pleurésie bilatérale et que l’antibiotique prescrit devrait faire son effet rapidement. Je lui demande alors quand je pourrais sortir car même si je reconnais que cet hôpital est de standing, ce n’est pas encore l’Hôtel Dieu (le 5 étoiles de Marseille), et qu’à ces conditions je préfère mon lit et la décoration personnalisée de mon appartement qui est à deux pas de là.

Le docteur, probablement une tenniswoman vu le magnifique revers duquel elle balaie mes velléités de sortie (je n’ose imaginer les effets de son coup droit ou pire de son smash sur les pauvres moribonds de patients que nous sommes ?!), m’explique que j’ai encore des examens à faire le lendemain et qu’on verra après, en fonction des résultats.

N’ayant pas l’envie de contrarier mon sauveur de la veille, et trouvant ce nouveau cadre un peu monacal propice à la méditation, pas inutile après mes excès de l’été, je me plie à ses arguments. Un bon bouquin et dodo à 9h, ça me changera des apéros rosés à la plage, des mojitos au Roof…

Fin du premier set en 45 secondes

Jour 3

Le lendemain samedi, je profite de ma petite forme retrouvée pour faire un tour au snack de l’hôpital. Transporté au rez-de-chaussée par l’un des 6 rutilants ascenseurs, je découvre un hall immense au sol reflétant comme un miroir, le tout vitré et cubique, d’une modernité euro-méditerranéenne ! Au retour, je m’enquiers des examens que je devais passer ce matin et là, surprise, on m’informe que le week-end rien ne bouge : il faudra attendre lundi !

Bien que fan des séries le prisonnier et Prison Break, je ne me suis cependant jamais pas préparé à jouer le premier rôle. J’insiste alors auprès de l’infirmière en chef sur la possibilité de sortir et de continuer à poursuivre les soins à domicile. Ils ne consistent plus qu’à prendre 2 cachets d’antibiotique matin midi et soir, et de revenir pour les examens lundi.  On me dit d’attendre le médecin qui, chance, passe aujourd’hui en coup de vent vers 13h.

– « Impossible ! » me dit la tenniswoman d’un redoutable coup droit : les prescriptions et les rendez vous sont pris uniquement pour les pensionnaires de l’établissement.

Fin du 2eme set en 15″ chrono.

Un difficile dilemme s’offre alors moi : soit me morfondre sur mon lit d’hôpital tout le week-end, soit trouver un nouveau prescripteur d’antibiotiques un samedi après-midi d’août avant de rentrer dans mon home sweet home.

Je décide sagement de passer une nouvelle soirée à méditer sur le bonheur d’être en vie, déprimant quand même à la vue du pauvre plateau repas servi dans des gamelles en fer à 18h…

 

Jour 4

Dimanche. La journée s’annonce longue ; je décide de faire le mur et d’aller déjeuner avec ma compagne et ma fille au brunch du Rowing Club, vue sur le vieux port. Quelle sensation délicieuse de liberté. A 17h, de retour à l’hôpital, j’ai l’impression de rentrer aux Baumettes après un week-end de permission…!

En ouvrant la porte de ma chambre, pour ne rien m’épargner, (ou me faire payer ma liberté ?) je découvre qu’on m’a mis un voisin de lit !  Cette fois-ci, certain de mal dormir, j’informe l’infirmière que je rentre chez moi, ma santé toujours précaire exigeant un sommeil sûr. On me fait signer une décharge, me demande d’être là le lendemain à 8h pour les examens. Je saute dans un taxi et me voilà chez moi ! Quel bonheur après 4 jours !!

Jour 5

Le lendemain j’arrive comme prévu à 8 heures du matin à l’hôpital. Les examens ne sont pas avant 17h me dit-on !!  C’était la 2ème fois qu’on décalait ces fameux examens sans prévenir ! Passablement remonté, je me sens à présent suffisamment d’aplomb pour affronter la tenniswoman au 3eme set !  On me dit que le médecin passera dans la matinée. Je retourne alors à ma chambre pour l’attendre, salue mon nouveau voisin. Le brave homme m’informe qu’il a déjà passé un mois dans ce service, et qu’il y revient aujourd’hui pour un temps indéterminé….  alors que moi après 4 jours, je ne  tiens déjà plus en place !! Serais-je encore follement impatient à 47 ans ou tellement épris de liberté ?

Il y a 25 chambres dans ce service de pneumologie. L’on y vit comme hors du monde, entièrement entre les mains du Médecin qui règne ici en maitre absolu et omniscient. Personne, ni les infirmières et encore moins les patients ne semblent discuter ses décisions.  Si un patient se rebiffe, c’est seulement contre une infirmière.

Le médecin passe à midi. Un homme cette fois-ci. Grand, en costume, se tenant très droit, parcourant son service et ses malades comme De Gaulle ses troupes. Arrivé à mon lit,  l’infirmière qui l’accompagne lui signale timidement que je souhaite ardemment rentrer chez moi. Il me dit que je peux sortir, les examens prévus n’étant plus indispensables…! A cours de répartie, je remercie mon libérateur qui est déjà reparti…

Fin du match par abandon au 3eme set !

Avant de récupérer mon dossier, on m’invite à  régler les formalités de sortie. Je passe au bureau où l’on me présente l’addition : 5000 euros ! « 1000 euros par jour », m’informe la préposée… En sortant de l’hôpital avec mes radios et mon ordonnance pour acheter des antibiotiques, je songe qu’en temps cumulés j’ai du passer moins de cinq minutes avec les médecins, et que si je n’avais pas fait le forcing  pour sortir, on allait bien me garder 2 ou 3 jours de plus en décalant toujours au lendemain mes hypothétiques examens ! Soit 7 jours au lieu des 2 nécessaires pour me remettre d’aplomb…et j’imagine la note effarante pour les patients longue durée comme mon voisin de chambre

– « C’est l’assurance qui paie » me rassure-t-on.

Certes me dis je, mais qui paie l’assurance ?

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