Les iles Salvagem

Après avoir quitté Madère en direction de Las Palmas, je tombe par hasard le lendemain sur une ile que je n’avais pas vu sur ma tablette car je n’avais suffisamment zoomé sur la zone. J’ai la sensation de découvrir une terre inconnue ! En fait ce sont les iles Salvagem. Celle que j’ai manqué de m’emplafonner s’appelle Salvagem Grande.

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En passant au ras de la pointe nord je remarque une bouée et une petite cabane dans une crique un peu abritée. Je décide de mouiller là et de mettre les pieds sur l’ile pour l’explorer.

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Mais elle n’est pas si sauvage que ça, car 3 militaires et 3 biologistes m’accueillent dans leur cabane. Au total ils sont 6 sur l’ile. Apres les formalités d’usage (d’aucune utilité comme de bien entendu), les soldats en mal de compagnie me proposent une visite de l’ile.

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En fait c’est une réserve naturelle protégée particulièrement appréciée (parce qu’il n’y a pas d’humains vous vous en étiez douté ?) des oiseaux de mer, principalement des pétrels et des puffins qui viennent s’y reproduire. Coup de chance pour moi on est justement en période de nidification, et il y a des couples dans tous les trous de roches.

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Le soldat me décrit la vie hallucinante de ces oiseaux. Je m’étais souvent demandé comment vivaient ces  » mouettes  » que l’on rencontre en pleine mer, à plusieurs centaines de miles des terres. D’où venaient et où allaient elles ? Est ce pour se nourrir ou par simple plaisir, comme le navigateur tourdumondiste qu’elles se laissent pousser par les vents portants ? On le croirait volontiers en les voyant longer la houle pendant des jours sans un coup d’aile. En traversée, je les suis d’un regard rêveur, et à la longue, mon esprit vole de même.

On m’explique enfin une partie de ce mystère : après leur naissance, les parents les nourrissent à tour de rôle (chacun son jour) pendant un mois environ. Puis le petit sort de son nid en titubant. Il avise un promontoire rocheux pour son premier vol. Et comme l’ile est entourée de falaises, son premier vol sera le bon ou le dernier !

Imaginez : le petit oiseau saute dans le vide en battant des ailes mais sans résultat. Il chute en tourbillonnant sur lui même et va s’écraser mais au dernier moment il trouve le truc et voum ! il plane et attaque sa première ressource juste à temps. Certes c’est un peu radical comme apprentissage mais quelle belle entrée dans la vie ! Puis il va a peine remettre les pieds à terre, peut être dire au revoir et merci à ses parents, ou se faire baguer par ces damnés biologistes et file en mer vivre sa vie. Il partira jusqu’en Amérique du sud, certains se sont même retrouvés en Nouvelle Zélande. Il hiverne sur l’eau et ne revient pas à terre sauf pour se reproduire. Il y a quand même des choses compliquées à faire en mer… Au bout de 7 ans, il revient sur l’ile qui l’a vu naitre, retrouve son nid (l’animal a un GPS intègré très précis) et s’y installe. S’il tombe sur un frère qui l’occupe déjà, s’ensuit une bagarre qui peut être mortelle. Et puis ca repart pour un tour…

La vie sauvage est d’une beauté cristalline. Je me suis senti si lourd, encombré par tout un tas de matériel et de préoccupations dérisoires, alors que lui fait le tour du monde avec rien sur le dos. Et pour en revenir aux motivations du voyage, je doute que ce soit uniquement pour se nourrir qu’il parcourt tous ces miles, il pourrait se contenter de faire un tour au banc d’Arguin tout proche, et très riche en poissons. Alors pourquoi tant de miles parcourus ? Les biologistes n’ont pas de réponse scientifique… Quitte à secouer la théorie de l’évolution, je me plais a croire que nous avons là un point commun, l’oiseau et moi, le gout du voyage. Ce qui expliquerait qu’il accompagne volontiers le navigateur sur de longues distances.

Les tortues, les baleines, les oiseaux migrateurs, les éléphants ne se déplacent ils que pour des questions de nourriture, de reproduction ou de confort ? Et si le voyage en lui même dont les effets bénéfiques sur l’esprit sont indéniables, était aussi important pour l’évolution des espèces ? L’homme, naturellement voyageur, me confient mes gênes qui ont bonne mémoire, s’est sédentarisé il n’y a pas si longtemps. Alors son esprit d’aiguisé et léger est devenu lourd et émoussé…

Mais revenons sur mer, j’ai des océans à traverser et toute la vie pour divaguer ! Je quitte Salvagem le soir et rejoins Las Palmas le lendemain. Cette grande ville et son port industriel qu’il faut traverser pour rejoindre la marina me paraissent horribles après avoir entraperçu un monde d’une telle pureté.

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