Article paru dans Mediapart le 22 février 2018

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/220218/lettre-ceux-qui-nous-conseillent-de-ne-plus-voyager-en-afrique

Que faisiez vous à vingt ans, vous qui nous conseillez aujourd’hui de ne plus voyager en Afrique ? Ou étiez-vous quand je traversais le Sahara sac au dos ? Quand je touchais les étoiles en bivouaquant dans le Hoggar près de l’ermitage du père de Foucault. ?

A quel monde rêviez-vous quand vous passiez vos concours pour entrer dans l’administration ? Avez vous quitté vos études, votre famille et votre pays pour aller à la découverte du monde ? Etes vous tombé sous le charme d’autres cultures en découvrant l’hospitalité et la spiritualité de ses habitants ?

A 20 ans messieurs de bon conseil, j’ai suivi mes rêves, inspiré par une littérature de voyage qui de Homère à Nicolas Bouvier en passant par Bruce Chatwin, a nourri mon enfance, et la tenace tradition française d’aller explorer le monde.… Ma famille et mes amis ont bien tenté de me retenir, mais ils savaient au fond la nécessité de répondre à cet appel intérieur. Le voyage forme la jeunesse comme dit le proverbe.

Après plusieurs voyages dans le Sahara et le Sahel, j’ai fini par m’installer au Mali, ou j’ai créé une entreprise que j’aime. Aujourd’hui, je sais ce que je dois à ces rêves de jeunesse, je sais la chance d’avoir pu les suivre passant outre les conseils de prudence qu’on m’avançait.

Les jeunes de tous les pays du monde rêvent de liberté et d’aventure. Pour beaucoup, le voyage sera le fil à partir duquel ils tisseront leur vie. Cela dépasse le danger potentiel qu’il induit. Le Cid, plutôt que sa légendaire tirade « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » aurait aussi bien pu dire « A vivre sans péril, on meurt sans gloire ». Si nos parents nous ont éduqués en avançant plus souvent qu’il n’en faut des raisons de sécurité pour nous empêcher de faire ceci ou d’aller là-bas, ils restaient avant tout favorables à notre épanouissement et au moment opportun, quand l’appel du large saisissait leur enfant, ils savaient ravaler leur peur et dire « bonne route et que Dieu te protège ».

Dans le cas présent, ce n’est plus notre papa ou notre maman qui prétend vouloir nous protéger mais une poignée de fonctionnaires. En France, ils font partie de la cellule de crise (le nom du service annonce déjà la couleur…) du Ministère des Affaires Etrangères (MAE). Je ne remets pas en question le danger qu’il y a à s’aventurer dans certaines régions du monde, mais ces messages débilitants, appelés « consignes de sécurité » ou « conseils aux voyageurs » et ce coloriage sans nuances du monde en 3 couleurs, rouge, orange et vert, comme des feux de circulations.

Si vous me demandez à quelles fins ils écrivent ces messages, je dirais qu’avant tout, ils ne veulent pas prendre de risque. Et on les comprend d’autant mieux qu’au-dessus d’eux, les responsables politiques ne veulent pas non plus avoir à supporter la presse et les familles en cas de problème avec un ressortissant à l’étranger…

Le malheur est que cette prudence menace une cause bien plus grande : la possibilité du voyage. Certes, il ne s’agit que de conseils, libre à chacun d’en faire ce qu’il veut. Mais le mot « conseil » semble un doux euphémisme par rapport aux ravages qu’il exerce sur notre imaginaire. Il est arrivé que des amis proches qui projetaient de venir me voir à Bamako, soient bien plus influencés par ces « conseils » que par mes propres recommandations, et finalement annulent leur voyage. Il n’y a pas si longtemps, avant d’entreprendre un voyage, on consultait le guide du routard, les agences de voyages, ou l’office du tourisme local, on questionnait ceux qui rentraient. Pourquoi aujourd’hui se référer quasiment exclusivement à ces consignes ? Probablement parce que la surmédiatisation des attentats et des prises d’otages a créé une psychose sécuritaire. Et la sécurité, depuis toujours, est affaire d’Etat. Le problème est que contrairement aux acteurs du tourisme, les fonctionnaires du MAE n’ont aucun intérêt à défendre le voyage, la liberté et l’aventure. Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne vendent pas la destination Afrique !!

Il y a pourtant un intérêt évident à préserver ce puissant moteur du rêve qu’est le voyage. Dans un passé pas si lointain, la mère patrie a su stimuler les plus puissantes vocations d’aventuriers : les explorateurs et les écrivains voyageurs s’offraient pour elle, à affronter des dangers immenses. Et avec quels honneurs elle accueillait leur retour ! Cette politique a grandement participé au rayonnement de notre pays, dont nous bénéficions encore à présent. René Caillé, s’il rentrait aujourd’hui en France, se ferait copieusement engueuler par l’Etat d’avoir pris de tels risques !

Le monde est fait par les rêveurs, qu’ils soient artistes, entrepreneurs, associatifs, humanitaires, ou simplement contemplatif. En fait je crois bien que le monde est un rêve. C’est comme cela qu’il s’est crée et qu’il se crée encore chaque jour. C’est en réalisant ses rêves qu’on réussît sa vie. Et pour ceux qui choisissent d’être fonctionnaires, si c’est leur rêve à eux, alors respect ! A condition qu’ils ne fassent pas faire des cauchemars aux autres.

De l’autre côté, celui ou je me trouve maintenant, il y a une Afrique qui rêve elle aussi de parcourir le monde, et à qui il faudrait permettre davantage de voyager … Car là aussi on joue beaucoup sur les peurs pour justifier les interdictions de déplacements, en oubliant qu’en dehors des migrants politiques et économiques, il y a les simples touristes que la difficulté d’obtenir un visa décourage. Or, on peut attendre d’une civilisation qui a inventer internet, qu’elle trouve aussi des solutions pour la libre circulation des hommes. A poursuivre dans cette voie, j’ai bien peur que sur cette terre, on finisse comme dans une cocotte-minute dont on aura oublié d’enlever la soupape. Ou que le roman d’anticipation Globalia de Jean Christophe Ruffin ne devienne rapidement une réalité. Voici le résumé de Wikipedia : «Une sorte d’État mondial, Globalia, assure à ses citoyens la sécurité, la prospérité et une certaine forme de liberté tant qu’ils ne remettent pas en cause le système. Les “zones sécurisées” occupent principalement l’hémisphère nord, tandis que les “non-zones”, essentiellement situées dans l’hémisphère sud, sont réputées inhabitées mais servent de refuge à des populations que le pouvoir central qualifie de “terroristes” ». Troublant pour un livre écrit en 2003, non ?

L’époque du tourisme saharien et sahélien s’est éteinte en 2010. Est-elle transposable vers d’autres continents comme le rallye Paris-Dakar ? Hélas ! Il n’y a qu’un seul Sahara, qu’une seule Afrique, et le Dakar ne fait plus autant rêver depuis qu’il se passe en Amérique du Sud. Je ne sais si je reverrai un jour les montagnes du Hoggar, mais je suis sûr d’une chose : il faudra accepter de se mouiller pour que le désert refleurisse.

Alors afin de renouer avec cette sensation divine et salutaire de l’aventure, autant pour le corps que pour l’esprit, je pars faire le tour du monde en voilier, un autre rêve de jeunesse que j’avais laissé de côté. Et je me dépêche de le faire, de peur que bientôt, on ne « déconseille formellement » d’y aller… Pour raison de sécurité bien sûr ! Car les requins, les ouragans et les pirates prolifèrent de façon totalement scandaleuse dans les océans !

Bamako le 20 fevrier 2018

Hervé Depardieu
Fondateur du Campement

 

Paru dans le Monde Afrique du 12 Janvier 2017

A Bamako, les consignes de sécurité sont un véritable fléau pour les expatriés comme pour les maliens.

S’il est vrai que nous avons vécu une période particulièrement stressante entre 2012 et 2013 avec le putsch et l’occupation du nord du pays par les djihadistes, grâce à l’intervention française en janvier 2013, la situation s’est améliorée au sud du pays et notamment à Bamako. Nous essayons depuis lors de reprendre une vie normale. Mais les consignes de sécurité alarmantes émises par les divers consulats et ambassades occidentaux et particulièrement par l’ambassade de France et les « conseils aux voyageurs » extrêmement dissuasifs du site du Ministère des affaires étrangères nous rendent la tâche impossible.

En effet le consulat nous envoie très régulièrement des alertes sécuritaires sur nos mails et par SMS. On ne sait pas comment elles s’alimentent, mais elles ont un pouvoir considérable sur notre quotidien, qu’elles s’expriment comme des conseils ou des ordres selon l’organisme pour lequel on travaille : Ce week end ne sortez pas de Bamako/ Ne vous déplacez pas la nuit /Evitez les lieux publics/..…… De plus ces CDS divergent selon les pays et les services, créant des situations parfois cocasses :

Les Américains ont eu le « droit » d’aller au festival de Ségou, pas les Français. Du coup nous y croisons des Français masqués, marchant à couvert de peur d’être reconnu par leur hiérarchie, … alors que les américains faisaient bruyamment et publiquement la fête.

De même l’équipage air France, après avoir déposé ses passagers, choyés pendant le vol Paris Bamako, s’en va dormir à Dakar car Bamako est trop dangereux pour eux ; laissant ces mêmes passagers atterrés par ce « lâchage » soudain !

On pourrait rire du coopérant sous contrat voulant passer le weekend  en famille dans tel hôtel , obligé d’y laisser sa femme et ses enfants seuls car lui seul n’a pas le droit d’y dormir….

Et que dire de l’absurdité des « recommandations » (qui sont pour certains des obligations) du consulat, d’aller dans tel ou tel hôtel parce qu’ils sont les plus « sécurisés » ?  Ce sont ceux qui deviennent les plus dangereux car ils finissent par constituer des cibles principales de par leur fréquentation. C’était le cas du Radisson.

Et puis le vendredi soir, on retrouve nombres d’expatriés dans des maquis (gargote de plein air).  Aucune sécurité, pas même de porte, au diable ces foutus CDS !! On pourrait bien se croire dans la série « Kaboul Kitchen » à Bamako….

D’un autre côté, la rubrique « conseils aux voyageurs » du site du Ministère des affaires étrangères prodigue depuis 2009 des « conseils » sans nuance. A l’heure d’aujourd’hui Bamako est en zone orange ce qui signifie : fortement déconseillé sauf raison impérative.  Les ¾ nord du pays dont le pays dogon (zone la plus touristique) sont en rouge : formellement déconseillé.

Les conséquences de la sévérité de ces consignes sont énormes. Il faut bien les mesurer : nos familles et nos amis hésitent à venir nous rejoindre. Les candidats à l’expatriation deviennent plus rares et plus exigeants, ce qui freine le développement de nos activités, voire pour certains les condamnent à fermer. Bien sûr, le Mali est le grand perdant de tout cela, mais pas seulement. Bon nombre d’expatriés ont dû rentrer et  nous perdons également énormément de vocations à l’expatriation. Souvenons-nous que le Mali accueillait sur tout son territoire des centaines d’associations et d’ONG françaises. Toutes ces personnes qui exprimaient par là un besoin d’agir à l’étranger sont ainsi fortement « conseillées » de rester sur le territoire national au risque de tourner en rond.

A quoi servent ces consignes et conseils ? Nous protègent-elles ?

On peut en douter. Le consul nous a envoyé dernièrement un SMS sur nos portables nous demandant de rester chez nous en raison d’une menace de prise d’otage. Pense-t-il que les preneurs d’otages s’arrêteront à la porte de nos maisons ? ». Du reste, il n’y avait pas de consignes particulières quand ont eu lieu les attentats.

Est-ce aussi dangereux que cela de vivre à Bamako, comme tendent à nous le faire croire ces messages alarmistes ? Difficile à évaluer, mais depuis 5 ans, on peut commencer à s’appuyer sur des statistiques. De fait il y a eu bien plus de civils occidentaux morts pour raison de santé ou d’accident de la route ou même d’avion que du fait des djihadistes. En retournant au pays dogon en 2014 avec mes enfants, j’ai vu dans un village un couple de retraités français qui vivaient là à l’année, sans autre protection que les amitiés nouées. On aurait pu les enlever avec des pinces à linges.  On ne l’a pas fait, ce qui à mon sens relativise les risques pour un voyageur de passage. Et ils ne sont pas les seuls à vivre en zone rouge. En zone orange, à Bamako ou Ségou nous sommes des milliers d’occidentaux à vivre à l’année sans protection. Là où le MAE déconseille fortement aux français de venir … Et nous alors ? Sommes-nous des citoyens de seconde zone, ou des pestiférés mis en quarantaine ?

En France les gens imaginent qu’on vit reclus chez soi et pas une seconde qu’on puisse se promener tranquillement au marché, circuler à toute heure de la nuit…  Ces consignes faussent totalement leur vision du Mali.

Pourquoi un tel zèle sécuritaire de la part de nos représentants politiques ?

On suppose qu’ils ne veulent prendre aucun risque en cas d’incident : prudence compréhensible mais lourde de conséquences pour le pays qui les accueille. Est-ce cela qu’on est en droit d’attendre de nos responsables politiques ?

De plus les fonctionnaires de l’ambassade  au Mali ont des primes de risques qui sont fonction du niveau de dangerosité du pays. Ce qui signifie que plus le pays est jugé dangereux par eux, plus ils gagnent…. Sur un salaire de 10000 euros

Comment changer la donne ?

La voie juridique ?

Ces « conseils » de par leurs effets constatés constituent une entrave claire à notre liberté. Ils sont discriminatoires pour les citoyens placés dans les « no go zone ». Et Ils sont évidemment diffamatoires.

La voie politique ?

Tout pouvoir arbitraire sans contrôle de la société civile a ses dérives. Les résidents français au Mali ont un droit légitime de regard sur la rédaction et la diffusion de ses conseils. Nous devons instaurer un jury populaire qui rédigerait en partenariat avec les militaires et les politiques les consignes les plus appropriées à la situation et dans l’intérêt du plus grand nombre.

 

Paris a connu des attentats autrement plus graves que Bamako. Anne Hidalgo a fait son possible pour rassurer les visiteurs étrangers et les parisiens.  Et je pense qu’elle a raison : c’est comme ça que la paix reviendra… Au moins dans les esprits pour commencer.

Cela vaut bien de prendre quelques risques ? Mais ce n’est apparemment pas l’avis du consul, ni de l’ambassadeur de France à Bamako.

 

– « Comment vit-on dans un pays aussi dangereux » ? me demande-t-on souvent en France.

– Je réponds invariablement : « Je ne savais pas qu’il était aussi dangereux »

 

Jour 1

Je n’étais vraiment pas bien ce matin du jeudi 20 août. Dans la nuit, la toux sèche qui m’accompagnait depuis un mois s’est mise à s’emballer. La fièvre montait et mon corps donnait l’impression d’avoir été tabassé. J’attendais le lever du jour avec impatience pour aller aux urgences, afin d’éviter l’ambiance glauquissime des salles d’attentes la nuit.  Conduit par ma compagne, j’arrive à 8h pile aux urgences de l’hôpital européen de Marseille. J’ai choisi cet hôpital parce qu’il est neuf, pas loin de chez moi et disposant d’un service pneumologie.

Une belle surprise m’attendait : personne et un guichet ouvert ! Je note au passage que mon intuition était bonne : la salle d’attente est superbe, bancs en bois massif, plantes exotiques et une propreté des sols au moins égale à celle du centre commercial des Terrasses du Port !

Je me présente (au guichet), me déclare fiévreux, suis rapidement enregistré et invité à patienter sur un banc… J’ai à peine le temps me dire que c’est merveilleux d’être pris en charge sans avoir à présenter sa carte bleue, qu’un jeune infirmier enjoué m’appelle et me conduit aux services des urgences.

Et là, le paradis s’ouvre à moi : trois belles et euphoriques infirmières (je ne sais pas quel cocktail de produits éthérés circulent dans l’air ….) me prennent en main : questions sur ma santé, prise de sang et de température. Ensuite on m’installe délicatement  sur un lit roulant avec masque à oxygène et perfusions diverses. Nonobstant ma fatigue et mon mal de crâne, je me sentais très bien comparé à la nuit cauchemardesque que je venais de vivre ! Je récitais intérieurement mes louanges à la France et à son système de santé si parfait. Ce n’est pas dans les hôpitaux publics américains qu’on verrait une telle perfection malgré les 2 mandats d’Obama pour arranger ça.

Un médecin vient me voir et décide de m’envoyer faire une radio des poumons puis un scanner.

C’est serein, apaisé que je pars en somnolence heureuse sur mon lit roulant, aidé en cela par l’oxygène bienfaiteur et le délicieux effet du paracetamol en perfusion. A 10h30 on m’annonce que je vais être hospitalisé. N’y voyant aucun inconvénient, l’on me fait rouler par des portes et des couloirs jusqu’au service pneumologie. Ma chambre est belle, sobre avec une grande salle de bain. On aurait pu se croire dans un hôtel Ibis si le lit n’était équipé de vérins et d’une télécommande.

J’ai passé la journée à somnoler dans cette même bienfaisance, alternant paracétamol et acupan pour varier les plaisirs, masque à oxygène, et bien sûr l’indispensable, le roi des rois de la médecine : l’antibiotique. Les infirmières sont aux petits soins ; ma compagne passe me voir en fin d’après-midi puis re-sommeil jusqu’au lendemain matin où enfin je me sens mieux. J’ai survécu !

Jour 2

Après un petit déjeuner « clinique », vers 10h, je demande à l’infirmière avec la voix sage et posée d’un homme qui connait maintenant la valeur de la vie, si elle sait ce que j’ai. On me dit d’attendre la visite du médecin qui doit passer dans la matinée.

Le docteur arrive vers 16h (!), m’annonce que j’ai une pleurésie bilatérale et que l’antibiotique prescrit devrait faire son effet rapidement. Je lui demande alors quand je pourrais sortir car même si je reconnais que cet hôpital est de standing, ce n’est pas encore l’Hôtel Dieu (le 5 étoiles de Marseille), et qu’à ces conditions je préfère mon lit et la décoration personnalisée de mon appartement qui est à deux pas de là.

Le docteur, probablement une tenniswoman vu le magnifique revers duquel elle balaie mes velléités de sortie (je n’ose imaginer les effets de son coup droit ou pire de son smash sur les pauvres moribonds de patients que nous sommes ?!), m’explique que j’ai encore des examens à faire le lendemain et qu’on verra après, en fonction des résultats.

N’ayant pas l’envie de contrarier mon sauveur de la veille, et trouvant ce nouveau cadre un peu monacal propice à la méditation, pas inutile après mes excès de l’été, je me plie à ses arguments. Un bon bouquin et dodo à 9h, ça me changera des apéros rosés à la plage, des mojitos au Roof…

Fin du premier set en 45 secondes

Jour 3

Le lendemain samedi, je profite de ma petite forme retrouvée pour faire un tour au snack de l’hôpital. Transporté au rez-de-chaussée par l’un des 6 rutilants ascenseurs, je découvre un hall immense au sol reflétant comme un miroir, le tout vitré et cubique, d’une modernité euro-méditerranéenne ! Au retour, je m’enquiers des examens que je devais passer ce matin et là, surprise, on m’informe que le week-end rien ne bouge : il faudra attendre lundi !

Bien que fan des séries le prisonnier et Prison Break, je ne me suis cependant jamais pas préparé à jouer le premier rôle. J’insiste alors auprès de l’infirmière en chef sur la possibilité de sortir et de continuer à poursuivre les soins à domicile. Ils ne consistent plus qu’à prendre 2 cachets d’antibiotique matin midi et soir, et de revenir pour les examens lundi.  On me dit d’attendre le médecin qui, chance, passe aujourd’hui en coup de vent vers 13h.

– « Impossible ! » me dit la tenniswoman d’un redoutable coup droit : les prescriptions et les rendez vous sont pris uniquement pour les pensionnaires de l’établissement.

Fin du 2eme set en 15″ chrono.

Un difficile dilemme s’offre alors moi : soit me morfondre sur mon lit d’hôpital tout le week-end, soit trouver un nouveau prescripteur d’antibiotiques un samedi après-midi d’août avant de rentrer dans mon home sweet home.

Je décide sagement de passer une nouvelle soirée à méditer sur le bonheur d’être en vie, déprimant quand même à la vue du pauvre plateau repas servi dans des gamelles en fer à 18h…

 

Jour 4

Dimanche. La journée s’annonce longue ; je décide de faire le mur et d’aller déjeuner avec ma compagne et ma fille au brunch du Rowing Club, vue sur le vieux port. Quelle sensation délicieuse de liberté. A 17h, de retour à l’hôpital, j’ai l’impression de rentrer aux Baumettes après un week-end de permission…!

En ouvrant la porte de ma chambre, pour ne rien m’épargner, (ou me faire payer ma liberté ?) je découvre qu’on m’a mis un voisin de lit !  Cette fois-ci, certain de mal dormir, j’informe l’infirmière que je rentre chez moi, ma santé toujours précaire exigeant un sommeil sûr. On me fait signer une décharge, me demande d’être là le lendemain à 8h pour les examens. Je saute dans un taxi et me voilà chez moi ! Quel bonheur après 4 jours !!

Jour 5

Le lendemain j’arrive comme prévu à 8 heures du matin à l’hôpital. Les examens ne sont pas avant 17h me dit-on !!  C’était la 2ème fois qu’on décalait ces fameux examens sans prévenir ! Passablement remonté, je me sens à présent suffisamment d’aplomb pour affronter la tenniswoman au 3eme set !  On me dit que le médecin passera dans la matinée. Je retourne alors à ma chambre pour l’attendre, salue mon nouveau voisin. Le brave homme m’informe qu’il a déjà passé un mois dans ce service, et qu’il y revient aujourd’hui pour un temps indéterminé….  alors que moi après 4 jours, je ne  tiens déjà plus en place !! Serais-je encore follement impatient à 47 ans ou tellement épris de liberté ?

Il y a 25 chambres dans ce service de pneumologie. L’on y vit comme hors du monde, entièrement entre les mains du Médecin qui règne ici en maitre absolu et omniscient. Personne, ni les infirmières et encore moins les patients ne semblent discuter ses décisions.  Si un patient se rebiffe, c’est seulement contre une infirmière.

Le médecin passe à midi. Un homme cette fois-ci. Grand, en costume, se tenant très droit, parcourant son service et ses malades comme De Gaulle ses troupes. Arrivé à mon lit,  l’infirmière qui l’accompagne lui signale timidement que je souhaite ardemment rentrer chez moi. Il me dit que je peux sortir, les examens prévus n’étant plus indispensables…! A cours de répartie, je remercie mon libérateur qui est déjà reparti…

Fin du match par abandon au 3eme set !

Avant de récupérer mon dossier, on m’invite à  régler les formalités de sortie. Je passe au bureau où l’on me présente l’addition : 5000 euros ! « 1000 euros par jour », m’informe la préposée… En sortant de l’hôpital avec mes radios et mon ordonnance pour acheter des antibiotiques, je songe qu’en temps cumulés j’ai du passer moins de cinq minutes avec les médecins, et que si je n’avais pas fait le forcing  pour sortir, on allait bien me garder 2 ou 3 jours de plus en décalant toujours au lendemain mes hypothétiques examens ! Soit 7 jours au lieu des 2 nécessaires pour me remettre d’aplomb…et j’imagine la note effarante pour les patients longue durée comme mon voisin de chambre

– « C’est l’assurance qui paie » me rassure-t-on.

Certes me dis je, mais qui paie l’assurance ?