Partis de Majorque le 17, Franck et moi avons rejoint Ibiza en 16 h de navigation sans histoire.

On décide de mouiller dans une crique abritée au nord de l’ile, avant de rejoindre la ville le lendemain. Mais le vent s’inverse pendant la nuit, nous faisant passer du calme absolu à un rodéo assourdissant. Le ressac résonne fort dans cette crique !

La ville d’Ibiza dort quand on y arrive. Normal entre 13H et 17H tout est fermé : le savoir vivre espagnol. On attendra le soir pour les achats. Puis 2 amis nous rejoignent dans la soirée. On est 4 loups de mer en sortie dans les rues de la vieille ville fortifiée. On découvre le Théatro Pereira, un Pub avec music live et superbe atmosphère. On recommande !

Le lendemain, petite ballade aller retour à l’ile de Formentera. Un désert en hiver. J’aime beaucoup. Quelques locaux se retrouvent aux 2 ou 3 bistrots ouverts toutes l’année. On se croirait au bout du monde. Sauf qu’on devine aisément ce qu’il s’y passe en été. J’imagine l’enfer ! Ces hordes de touristes, cette troupe en marche, à la conquête de ses vacances. Qui sous un soleil de plomb, en navette, en vélo, en paddle, se promènent en tout sens. Peut être parce qu’il n’y a aucun sens ?20180119_164039

Nous quittons Ibiza le lendemain matin pour Alicante. 20h de navigation. Lent balancement du voilier, qui invite à la rêverie et à l’oubli.

A Alicante nous déposons Franck au petit matin. Il repart bosser en 4ème vitesse. Nous poursuivons à 2, avec Philippe, un surfer de Biarritz et grand voyageur, la descente vers Gibraltar. Mais le vent de face nous oblige à tirer des bords. Comme ce n’est pas le fort de ce voilier, nous n’arrivons à parcourir que 200 miles en 48h et encore grâce au moteur sur les dernières 24h. Joie de voir 5 petits dauphins qui nous accompagnent pendant 10 bonnes minutes. En les observant attentivement je crois deviner que ce qui les amuse c’est de jouer en prenant l’étrave du bateau comme point de repère mouvant de leur ballet aquatique. En effet, on dirait un peu la patrouille de France à la manœuvre. 2 escadrons de 2 décrivent des sinusoïdes croisées de chaque coté de l’étrave, tandis que le 5ème, réalise des figures libres. Les binômes évoluent avec une synchronisation si parfaite qu’on a l’impression de voir double. De quoi arracher les cheveux d’un chorégraphe. Ont ils répété ce ballet pendant des mois ou improvisent il ? Un vrai mystère de la nature qu’il me suffit de contempler très admiratif. Et je suppose qu’ils en ont conscience, qu’ils m’observent aussi. En fait cette sensation d’être observé qu’on attribue au regard de Dieu, c’est peut être tous les autres êtres vivants qui nous observent, animaux et végétaux inclus (lisez la vie secrète des arbres de Peter Wohlleben pour vous en convaincre).20180124_135606

20180123_090805En voyant la Sierra Nevada magnifiquement enneigée, on décide de faire escale dans la jolie petite marina del Este, juste après Motril. Là encore on découvre une station balnéaire quasi déserte, une ville fantôme de résidences secondaires appartenant majoritairement à des allemands ou des anglais retraités. C’est joli, propret, sans histoire. On se dit qu’on doit vite s’emmerder ici.

Mais après 6 jours sur un voilier on a besoin de se dégourdir les jambes. J’avise un parc naturel, les falaises du Cerro Gordo, à 30 minutes de marche en suivant la côte. A condition qui y ait un chemin !! Obnubilé par la promotion immobilière, les espagnols ont totalement négligé le sacro-saint sentier du littoral. De superbes résidences désertes regardent la mer à notre place. Pour longer la côte, on est obligé d’escalader des clôtures, traverser des propriétés privées et des décharges. Les rares retraités résidents que je croise me regardent bizarrement à travers leur pare brise. Circuler à pied fait mauvais genre par ici.20180123_181417

 

J’arrive malgré tout après 3h de marche à un promontoire au dessus des falaises où se dresse un mirador médiéval. La mer d’eau s’est muée en gaz, formant une mer de nuage. Sur le retour, rencontre avec des chèvres sauvages qui vivent en marge, elles aussi. Je ne suis plus tout seul.20180123_170102

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Retour au bateau, la ballade a bien duré 6 heures. On appareille de bon matin car un léger vent portant est prévu jusqu’à Gibraltar. Mais il est trop léger, on passe la journée au moteur, à croiser des supertankers, jusqu’ à l’immense rade de Gibraltar. Mouillage à la marina flambant neuve de la Línea de la Concepción, coté espagnol. Bled sans intérêt, où l’on va boire un coup par acquis de conscience.

Le lendemain visite du mythique rocher de Gibraltar. Ballade dans la ville ultra commerçante, très animée, très british. Etonnante histoire qui continue à l’être. Mais pas le temps de s’attarder, pour traverser le détroit mieux vaut profiter de la marée descendante si l’on veut avoir le courant avec soi !! On part un peu tard et avec en plus 30 nœuds de vent de face, on avance à peine à 3 nœuds en mettant le moteur à fond… Il nous a fallu 5 heures pour faire 17 miles jusqu’à Tarifa, la pointe de l’Europe. A l’entrée du port, une statue du Christ fait penser à une sentinelle qui surveillerait l’Afrique toute proche.20180126_175513

Philippe repart sur Barcelone, me laissant préparer la traversée vers Madère en solitaire. 550 miles, soit, 3-4 jours du navigation si l’on choisit bien son créneau. Justement s’annoncent des le lendemain 4 jours de vent portant entre 20 et 30 nœuds, l’idéal. Je décide d’en profiter

Voici le journal de bord de cette étape qui dura 60 heures et où rien ne s’est passé comme prévu.

Météo de départ conforme au prévisions, 20 noeuds par le travers arriere, belle journée ensoleillée. Le Bateau file a 7,5 nœuds sans effort. A ce rythme, il me faut 3 jours pour rejoindre Madère. Mais ça monte à 30 nœuds 3/4 arrière avant la tombée de la nuit. Merde !! Moi qui voulait dormir peinard… Et à minuit plus de batterie, donc plus de pilote…. démarrage moteur pour recharger en attendant je prends la barre. Fait froid et la madre m envoie des paquets d eau dans la gueule pour me maintenir éveillé.  2h du mat ca ne charge toujours pas. Problème d alternateur.  Epuisé,  je me mets à la cape et vais me coucher. 

Lendemain je démonte l’ alternateur.  Pas de problème visible. Je ne me sens pas de tenir la barre sur les 400 miles qui me reste, d autant que ca secoue pas mal et que ca caille encore plus. Le vent souffle maintenant à 30 35 nœuds.

 Je décide de rejoindre la cote marocaine. La marina de Mohammedia est à 120 miles par le travers.  Je cale la barre avec un bout, 3ème ris et un torchon de cuisine comme génois. Le bateau est super équilibre.  Pas besoin de tenir la barre. Le vent monte a 35 40 nœuds la nuit avec une mer qui se charge de nettoyer le pont. J ai dormi a l intérieur d une oreille puis de l autre jusqu’au matin ou le calme m attendait au petit dej. Ouf ! Reste à rejoindre Mohammedia au moteur. 

Arrivée à 13h a la marina de Mohammedia. «Ya pas de place ! » me crie t on du quai ; et on me conseille de dégager jusqu’à Rabat.

Ce que je fais. Arrivé a rabat vers 18h, au fond de l’oued Bouregreg se cache une marina ultra moderne (a 10 euros par jour) construite pour abriter les 10 yachts du Roi… comme quoi parfois un miracle vient récompenser nos efforts…

Demain je verrai si les mécanos du coin sont à la hauteur de mes immenses espérances.

Voilà pour le journal de bord.

Coté sensation, j avoue que passer une nuit sans instrument, sans écran, ni GPS qui nous relie au monde des humains, sur un bateau qui fonce tout droit au milieu de l’océan, heurté par les coup de boutoir des vagues, en entendant hurler le vent dans les haubans, ca fait de l‘effet. Plongé dans cet espace intersidéral, où l’homme n’a aucune chance de survivre sans son vaisseau, je priais (une forme de connexion satellite ?) pour nous, le bateau et moi. C’est effrayant quand on y pense rationnellement, mais en même temps, quelle magie !

Et le plus surprenant, le matin au réveil, je me suis senti très reposé, j avais bien dormi…

20180130_223611Le soir au mouillage à la Marina Bouregreg de Rabat.

On est 6 au départ ce lundi 19 décembre au soir. Pour un tour du monde en solitaire, c’est bien le minimum ! Après une soirée bien arrosée comme il se doit, nous partons faire le plein d’un autre carburant à la station du Vieux Port, en chantant Renaud, « c’est pas l’homme qui prend la mer…. », bien fort et bien faux !IMG-20171221-WA0002
Puis on s’amarre en bas de la Canebière, le point zéro du voyage, pour la photo de départ. Il est 2h du matin, on est prêt !
Vues les conditions costaudes prévues dans le golfe du lion, on décide de passer par Barcelone, plutôt que par les Baléares
A peine après avoir dépassé les iles du Frioul, un bon 25 noeuds nous propulse vers le large. C’est vraiment parti, et avec 2 ris à la grande voile s’il vous plait !
5H du mat, Hervé, le vieux loup de mer est obligé de tenir la barre car le pilote ne tient plus. On enregistre des rafales à 50 noeuds et des creux de 3 mètres.

Heureusement notre route est à la fuite, et les nouvelles voiles tiennent bien. On file à 9 noeuds… Quand l’aube arrive, on n’est pas très frais, mais quelle sensation face au spectacle wagnérien de l’océan !

Pour  couronner cette première journée magique, 3 dauphins nous font la fête pendant 10 minutes. Virages serrés devant l’étrave, croisements, sauts…. Un bon signe diront les marins. Ont ils voulu me souhaiter bon voyage ?
Nous arrivons à Palamos en début d’après midi. Repos pour certains, kite pour d’autres.

Le lendemain, départ pour Barcelone, petite étape pépère en vent arrière. Ça fait du bien de sentir la mer se calmer.

Mon équipage me quitte le lendemain d’une belle soirée barcelonnaise. J’appareille pour Majorque en fin de journée, en solitaire cette fois… Une autre sensation..

Nuit tranquille sous voile par 15-20 noeuds grand largue. Mon réveil est calé toutes les 15 minutes car il y a de la circulation dans le secteur. Le vent tombe à l’aube, je passe la journée au moteur. Ne rien faire, se laisser bercer par la mer, lire et sommeiller toute la journée sans culpabiliser, une sensation salutaire. J’ai suivi la course du soleil de bout en bout et je crois que ça m’a fait du bien. Comme si on me remettait les pendules à l’heure…. Et surtout de ne pas être dérangé par toutes ces messageries plus aliénantes les unes que les autres !

Ce qui me surprend et me réjouis, c’est que depuis le départ on n’ait pas croisé un seul voilier. Cela augmente la sensation d’aventure.

L’arrivée à Majorque en fin de journée après 24h de nav est belle et émouvante…. C’est la première île du voyage.20171223_170345

Je choisis de nuit un mouillage au hasard sur Navionics. DODO

Le lendemain, je découvre une eau turquoise, un vent léger de 12-15 noeuds qui invite au kite surf. Quelle liberté de prendre son annexe pour aller gonfler sa voile sur une plage déserte…  Je crois que j’ai un mis un pied au paradis.20171224_143936

Nuit de Noël à Palma. Marina hors de prix (80 à 100 euros pour un 12 mètres hors saison !) et envahie de yacht de luxe. C’est pas vraiment l’ambiance grand voyageur, mais plutôt grand mytho !

Mais Palma est belle et elle le sait.

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C’est la fin de cette première étape. Le temps de trouver une marina moins chère au petit port d’Andraixt sur la côte sud de Majorque, et Back to Bamako pour 2-3 semaines.

Hasta luego Antinea !20171226_091743

C’est souvent comme ça ! Un jour on prend un marqueur, on trace un trait sur la carte du monde, épinglée depuis des siècles sur le mur de la cuisine, et c’est parti.
Rien de précis sauf un vieux rêve ou un profond instinct ne m’y pousse. J’ai envie de lire, d’écrire et de comprendre le monde avec mes yeux.
L’avenir ne me fait pas peur, ce genre d’aventure débouche toujours sur quelque chose …

Le bateau que j’ai choisi s’appelle Antinea . « Antinéa, reine des Touaregs, venait d’un autre royaume ayant la connaissance des étoiles. Elle a sauvé les Touaregs en les guidant dans le désert grâce à son savoir en astronomie (source wikipédia) » . Ce nom, en rapport avec le désert et les étoiles me convenait parfaitement. C’est important le nom d’un bateau, je n’aurai pas aimé devoir en changé. Sa taille, 42 pieds, c’est-à-dire 13 mètres, c’est parfait pour naviguer en solitaire et c’est le minimum pour ne pas se sentir trop petit dans les hautes latitudes….

Je partirai de Marseille. Le Vieux Port est un point de départ mythique pour un tour du monde, aussi pratique pour les préparatifs que pour les apéros…

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