Sailgrib affichait 4 jours 5 heures 27 minutes de navigation pour faire les 509 miles qui séparent Rabat de Madère. 4 jours de navigation au près serré par 20 à 30 nœuds en moyenne, ce qui signifie 25 à 35 nœuds quand on commence à connaitre les gribs… En clair, le voyage ne s’annonçait pas de tout repos. Mais 2 semaines a Rabat à attendre que soit réparé le groupe électrogène m’avait ramolli, il fallait que je me secoue. De plus la sortie du port n’est pas toujours possible, en cas de forte houle. Il y avait un créneau mercredi et jeudi, je voulais en profiter.

Mercredi 7 mars peu avant la marée haute, les pilotes du port donnent leur feu vert. On est 2 bateaux a partir, une famille de hollandais, nickel chrome sur leur Swan 47 et leurs 3 petits blondinets dans leurs habits techniques. Difficile de ne pas faire un peu débraillé par rapport à eux. Bref chacun son style ! A 17h ce mercredi, le pilote nous conduit jusqu’à la sortie du chenal, on met les voiles et c’est parti pour l’aventure !!

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L’ Oued Bouregreg ,chenal de sortie de la marina de Rabat

Première journée pépère, bronzette au soleil par 20 nœuds au près. Je m‘amuse à faire la course avec la polaire de Sailgrib. Les prévisions se réalisent au millimètre, impressionnant !

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Polaire de Sailgrib. Le bateau rouge est le point théorique du parcours, le lièvre en quelque sorte…

Jour 2 : Apres 36h, je commencais à confondre navigation et plaisance. Mais les conditions ne tardèrent pas à me rappeler ou j’étais, sur le territoire de qui je m’aventurais. Le vent monte à 30-35 nœuds, bien sûr la mer forcit et … la pluie ajoute la petite touche qui rend le tableau plus impressionnant.

Pas de soucis, je règle les voiles au 3ème ris et le génois au 1/3 et vogue la galère. Par contre les performances au près par gros temps sont nulles sur le hunter. Je ne remonte pas a plus de 55° du vent. Je vois le petit bateau rouge de la polaire Sailgrib s‘éloigner inexorablement.

En plus le bateau et le capitaine souffrent au près. Ca tape à l’avant, ça gite. Heureusement que je suis seul car le passager de la cabine avant aurait passer un mauvais moment !! A faire des bonds sur son lit. Je commence a penser que pour préserver le bateau il aurait peut être mieux valu attendre un meilleur créneau.

Lors de mon petit tour d’inspection avant la nuit, je vois que l’ancre est sortie de son davier et qu’elle se balance en cognant sur la coque ! Damned ! Je la remets difficilement en place, car elle pèse 20 kg et l’étrave fait des bonds énormes, la cale avec un cordage et constate qu’elle a perforé la cloison de la baille a mouillage. Ce n’est pas très grave, mais bon ça aurait pu le devenir…

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Les dégâts de l’ancre sur la coque.

Jour 3 : même temps de chien, prévisions grib plus 5 nœuds. Fringues mouillées, bateau qui gite et qui cogne, le voyage n’est plus du tout rigolo ! J’ai l’impression que je vais finir comme le Dahu, cet animal des légendes alpines qui avait les pattes d’un côté plus courtes que les autres car il marchait toujours dans le même sens à flanc de montagne. Enfin le virement de bord arrive, le seul du parcours. Je vais m appuyer sur la jambe droite !

Peu avant la nuit, je règle mes voiles pour dormir tranquille et en voulant reprendre un peu de génois, je m’aperçois que ca coince. La drisse a quitté l’enrouleur et s’enroule sur le profilé de génois. Comment est ce possible ?

Je me dis qu’il faut libérer le tout pour réenrouler proprement. Erreur, car une fois déroulé entièrement, le génois ne se réenroule pas du tout. Vite avant qu’il fasse nuit je vais à l’enrouleur essayer de régler le problème. J’y passe 1 heure épuisante. Ca tabasse fort a l‘avant, je fais des bonds, harnais et ligne de vie obligatoire pour cette manip. J’ai mal partout quand je rentre dans la cabine, le moral au plus bas. La perspective de passer la nuit avec un temps pareil et tout le génois sorti ne m’enchante guère. Mais je ne sais pas quoi faire d’autre. Affaler me semble impossible. Alors je borde a fond, et avec l’aide du moteur, choisi un angle très serré au vent afin d’éviter que le bateau ne se couche à la gite. De plus ca me rapproche de la polaire de Sailgrib (ma plus rassurante compagnie lors de ce voyage).

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Ce satané enrouleur coincé.

Une bière, une douche (chaude, le meilleur moment de cette journée de merde) et je vais me coucher, inquiet pour la suite. C’est pas toujours tout rose la voile. Et encore moins de tout repos. Et dire que c’est moi qui l’ait choisi, pour ceux qui le penseraient, n’est pas forcement une consolation.

Reste 250 miles à tirer avec le génois dehors. Je me demande ce qu’il se passera si le vent monte à 40 nœuds…les gribs ne prévoient pas plus de 30, s’ils pouvaient être juste pour une fois !

Jour 4 : temps toujours gris, vent oscillant entre 25 et 30 noeuds, mer forte. La journée ne s’annonce pas confortable du tout. D’après les prévisions ca devrait se calmer à partir de dimanche matin. Espérons que le génois tienne bon jusque la !

Mais fume ! Vers 15h le vent commence à monter a 30 – 35 nœuds, ca devient vraiment chaud, le génois faseille très fort au près serré, mais je préfère toujours ça plutôt que coucher le bateau en abattant un peu. Suis au fond du trou en attaquant ma 4ème nuit, me demandant si un whisky ne serait pas le bienvenu pour le moral. L’instinct me retient. Et si jamais une couille arrive j’aurai besoin de toutes mes forces. Tiens d’ailleurs, voila qu’elle arrive. « Les emmerdes volent en escadrille » comme disait Jacques Chirac, qui, nul ne peut le contester, était un expert en navigation. Les qualités principales d’un bon navigateur sont de mon point de vue de novice : l’art de faire du louvoyage pour eviter les problèmes, l art de trouver la petite astuce pour s’en sortir quand on n a pas pu les eviter, et faire le dos rond quand le temps se gâte . Il s’en est toujours sorti. Prenons exemple.

Cette fois la drisse de génois a lâché, à force de faseiller j’imagine. Enfin peu importe pour le moment, je n’ai plus d’autre solution, il faut affaler. Retourner à l’avant (j’aurais passer un temps fou à la proue mais cette fois ci, ce n’est pas pour voir les dauphins), ramener le génois dans la cabine par 30 nœuds en faisant du rodéo n’est pas une mince affaire. 30 minutes de lutte acharnée plus tard et une fois le génois jeté (comme un malpropre je l’avoue) à l’intérieur de la cabine, je pousse un grand OUF de soulagement. Le bateau aussi. Cette fois je l’ai mérité mon whisky. C’est la fête. Une bonne douche, brulante, mon peignoir. Et hop une bonne rasade de whisky ! A la tienne lecteur ! Quelle belle sensation de se sentir aussi vivant ! Ce n’est pas tranquille dans son appart qu’on aurait pu vivre une aventure pareille avant d’aller se coucher !

La drisse vient de lâcher !

La suite est plus classique. Moteur, moteur, moteur. Car si remonter au vent avec le génois n’était pas facile, sans, c’est peine perdue. J’essaye de trouver un petit angle pour que la GV aide un peu. Ce qui rallonge le parcours car le vent souffle exactement de face.

Jour 5 et 6. Je me traine à 4 nœuds, c’est chiant mais reposant. L’occasion de repenser à tout ça. De me débriefer et de contrôler le bateau. Faire marcher le dessal, le groupe…. Ah oui au fait le groupe ! Ma 2ème étape finissait sur les mécaniciens marocains. Et bien ils ont passé 2 semaines sur le groupe à le démonter, remonter, redémonter. L’eau de mer avait bouffé les joints d’accord, mais aussi grippé les segments, bouché les injecteurs….oxydé les circuits électriques….Problèmes qu’ils découvraient un à un après avoir chaque fois tout remonté.

Enfin le 6 mars, avant le départ, ca marchait ! Mais le 11 mars, en pleine mer, ca ne marchait plus ! Le fond du problème avec ces mécanos qui ont appris sur le tas (quasiment la totalité d’entre eux quand manquent les formations sérieuses), c’est qu’à force de bricoler et de trouver des astuces qui semblent fonctionner, ils se croient plus malin que le constructeur. A leur décharge, c’est une tendance qui atteint aussi pas mal de nos plus grands savants.

Le 12 au soir, j’arrive enfin à la marina de Funchal à Madère. Toute petite, un peu merdique je trouve par rapport au mythe de la destination. Je me gare donc, prends ma douche, mets mes dernières fringues pas trop sales et vais BOIRE UN COUP.

Et là, surprise : des touristes par milliers !

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La marina de Funchal

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Le mousqueton qui a pété, chauffé à blanc par le faseillement du génois.

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Le génois enfin dans la cabine !

Partis de Majorque le 17, Franck et moi avons rejoint Ibiza en 16 h de navigation sans histoire.

On décide de mouiller dans une crique abritée au nord de l’ile, avant de rejoindre la ville le lendemain. Mais le vent s’inverse pendant la nuit, nous faisant passer du calme absolu à un rodéo assourdissant. Le ressac résonne fort dans cette crique !

La ville d’Ibiza dort quand on y arrive. Normal entre 13H et 17H tout est fermé : le savoir vivre espagnol. On attendra le soir pour les achats. Puis 2 amis nous rejoignent dans la soirée. On est 4 loups de mer en sortie dans les rues de la vieille ville fortifiée. On découvre le Théatro Pereira, un Pub avec music live et superbe atmosphère. On recommande !

Le lendemain, petite ballade aller retour à l’ile de Formentera. Un désert en hiver. J’aime beaucoup. Quelques locaux se retrouvent aux 2 ou 3 bistrots ouverts toutes l’année. On se croirait au bout du monde. Sauf qu’on devine aisément ce qu’il s’y passe en été. J’imagine l’enfer ! Ces hordes de touristes, cette troupe en marche, à la conquête de ses vacances. Qui sous un soleil de plomb, en navette, en vélo, en paddle, se promènent en tout sens. Peut être parce qu’il n’y a aucun sens ?20180119_164039

Nous quittons Ibiza le lendemain matin pour Alicante. 20h de navigation. Lent balancement du voilier, qui invite à la rêverie et à l’oubli.

A Alicante nous déposons Franck au petit matin. Il repart bosser en 4ème vitesse. Nous poursuivons à 2, avec Philippe, un surfer de Biarritz et grand voyageur, la descente vers Gibraltar. Mais le vent de face nous oblige à tirer des bords. Comme ce n’est pas le fort de ce voilier, nous n’arrivons à parcourir que 200 miles en 48h et encore grâce au moteur sur les dernières 24h. Joie de voir 5 petits dauphins qui nous accompagnent pendant 10 bonnes minutes. En les observant attentivement je crois deviner que ce qui les amuse c’est de jouer en prenant l’étrave du bateau comme point de repère mouvant de leur ballet aquatique. En effet, on dirait un peu la patrouille de France à la manœuvre. 2 escadrons de 2 décrivent des sinusoïdes croisées de chaque coté de l’étrave, tandis que le 5ème, réalise des figures libres. Les binômes évoluent avec une synchronisation si parfaite qu’on a l’impression de voir double. De quoi arracher les cheveux d’un chorégraphe. Ont ils répété ce ballet pendant des mois ou improvisent il ? Un vrai mystère de la nature qu’il me suffit de contempler très admiratif. Et je suppose qu’ils en ont conscience, qu’ils m’observent aussi. En fait cette sensation d’être observé qu’on attribue au regard de Dieu, c’est peut être tous les autres êtres vivants qui nous observent, animaux et végétaux inclus (lisez la vie secrète des arbres de Peter Wohlleben pour vous en convaincre).20180124_135606

20180123_090805En voyant la Sierra Nevada magnifiquement enneigée, on décide de faire escale dans la jolie petite marina del Este, juste après Motril. Là encore on découvre une station balnéaire quasi déserte, une ville fantôme de résidences secondaires appartenant majoritairement à des allemands ou des anglais retraités. C’est joli, propret, sans histoire. On se dit qu’on doit vite s’emmerder ici.

Mais après 6 jours sur un voilier on a besoin de se dégourdir les jambes. J’avise un parc naturel, les falaises du Cerro Gordo, à 30 minutes de marche en suivant la côte. A condition qui y ait un chemin !! Obnubilé par la promotion immobilière, les espagnols ont totalement négligé le sacro-saint sentier du littoral. De superbes résidences désertes regardent la mer à notre place. Pour longer la côte, on est obligé d’escalader des clôtures, traverser des propriétés privées et des décharges. Les rares retraités résidents que je croise me regardent bizarrement à travers leur pare brise. Circuler à pied fait mauvais genre par ici.20180123_181417

 

J’arrive malgré tout après 3h de marche à un promontoire au dessus des falaises où se dresse un mirador médiéval. La mer d’eau s’est muée en gaz, formant une mer de nuage. Sur le retour, rencontre avec des chèvres sauvages qui vivent en marge, elles aussi. Je ne suis plus tout seul.20180123_170102

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Retour au bateau, la ballade a bien duré 6 heures. On appareille de bon matin car un léger vent portant est prévu jusqu’à Gibraltar. Mais il est trop léger, on passe la journée au moteur, à croiser des supertankers, jusqu’ à l’immense rade de Gibraltar. Mouillage à la marina flambant neuve de la Línea de la Concepción, coté espagnol. Bled sans intérêt, où l’on va boire un coup par acquis de conscience.

Le lendemain visite du mythique rocher de Gibraltar. Ballade dans la ville ultra commerçante, très animée, très british. Etonnante histoire qui continue à l’être. Mais pas le temps de s’attarder, pour traverser le détroit mieux vaut profiter de la marée descendante si l’on veut avoir le courant avec soi !! On part un peu tard et avec en plus 30 nœuds de vent de face, on avance à peine à 3 nœuds en mettant le moteur à fond… Il nous a fallu 5 heures pour faire 17 miles jusqu’à Tarifa, la pointe de l’Europe. A l’entrée du port, une statue du Christ fait penser à une sentinelle qui surveillerait l’Afrique toute proche.20180126_175513

Philippe repart sur Barcelone, me laissant préparer la traversée vers Madère en solitaire. 550 miles, soit, 3-4 jours du navigation si l’on choisit bien son créneau. Justement s’annoncent des le lendemain 4 jours de vent portant entre 20 et 30 nœuds, l’idéal. Je décide d’en profiter

Voici le journal de bord de cette étape qui dura 60 heures et où rien ne s’est passé comme prévu.

Météo de départ conforme au prévisions, 20 noeuds par le travers arriere, belle journée ensoleillée. Le Bateau file a 7,5 nœuds sans effort. A ce rythme, il me faut 3 jours pour rejoindre Madère. Mais ça monte à 30 nœuds 3/4 arrière avant la tombée de la nuit. Merde !! Moi qui voulait dormir peinard… Et à minuit plus de batterie, donc plus de pilote…. démarrage moteur pour recharger en attendant je prends la barre. Fait froid et la madre m envoie des paquets d eau dans la gueule pour me maintenir éveillé.  2h du mat ca ne charge toujours pas. Problème d alternateur.  Epuisé,  je me mets à la cape et vais me coucher. 

Lendemain je démonte l’ alternateur.  Pas de problème visible. Je ne me sens pas de tenir la barre sur les 400 miles qui me reste, d autant que ca secoue pas mal et que ca caille encore plus. Le vent souffle maintenant à 30 35 nœuds.

 Je décide de rejoindre la cote marocaine. La marina de Mohammedia est à 120 miles par le travers.  Je cale la barre avec un bout, 3ème ris et un torchon de cuisine comme génois. Le bateau est super équilibre.  Pas besoin de tenir la barre. Le vent monte a 35 40 nœuds la nuit avec une mer qui se charge de nettoyer le pont. J ai dormi a l intérieur d une oreille puis de l autre jusqu’au matin ou le calme m attendait au petit dej. Ouf ! Reste à rejoindre Mohammedia au moteur. 

Arrivée à 13h a la marina de Mohammedia. «Ya pas de place ! » me crie t on du quai ; et on me conseille de dégager jusqu’à Rabat.

Ce que je fais. Arrivé a rabat vers 18h, au fond de l’oued Bouregreg se cache une marina ultra moderne (a 10 euros par jour) construite pour abriter les 10 yachts du Roi… comme quoi parfois un miracle vient récompenser nos efforts…

Demain je verrai si les mécanos du coin sont à la hauteur de mes immenses espérances.

Voilà pour le journal de bord.

Coté sensation, j avoue que passer une nuit sans instrument, sans écran, ni GPS qui nous relie au monde des humains, sur un bateau qui fonce tout droit au milieu de l’océan, heurté par les coup de boutoir des vagues, en entendant hurler le vent dans les haubans, ca fait de l‘effet. Plongé dans cet espace intersidéral, où l’homme n’a aucune chance de survivre sans son vaisseau, je priais (une forme de connexion satellite ?) pour nous, le bateau et moi. C’est effrayant quand on y pense rationnellement, mais en même temps, quelle magie !

Et le plus surprenant, le matin au réveil, je me suis senti très reposé, j avais bien dormi…

20180130_223611Le soir au mouillage à la Marina Bouregreg de Rabat.

On est 6 au départ ce lundi 19 décembre au soir. Pour un tour du monde en solitaire, c’est bien le minimum ! Après une soirée bien arrosée comme il se doit, nous partons faire le plein d’un autre carburant à la station du Vieux Port, en chantant Renaud, « c’est pas l’homme qui prend la mer…. », bien fort et bien faux !IMG-20171221-WA0002
Puis on s’amarre en bas de la Canebière, le point zéro du voyage, pour la photo de départ. Il est 2h du matin, on est prêt !
Vues les conditions costaudes prévues dans le golfe du lion, on décide de passer par Barcelone, plutôt que par les Baléares
A peine après avoir dépassé les iles du Frioul, un bon 25 noeuds nous propulse vers le large. C’est vraiment parti, et avec 2 ris à la grande voile s’il vous plait !
5H du mat, Hervé, le vieux loup de mer est obligé de tenir la barre car le pilote ne tient plus. On enregistre des rafales à 50 noeuds et des creux de 3 mètres.

Heureusement notre route est à la fuite, et les nouvelles voiles tiennent bien. On file à 9 noeuds… Quand l’aube arrive, on n’est pas très frais, mais quelle sensation face au spectacle wagnérien de l’océan !

Pour  couronner cette première journée magique, 3 dauphins nous font la fête pendant 10 minutes. Virages serrés devant l’étrave, croisements, sauts…. Un bon signe diront les marins. Ont ils voulu me souhaiter bon voyage ?
Nous arrivons à Palamos en début d’après midi. Repos pour certains, kite pour d’autres.

Le lendemain, départ pour Barcelone, petite étape pépère en vent arrière. Ça fait du bien de sentir la mer se calmer.

Mon équipage me quitte le lendemain d’une belle soirée barcelonnaise. J’appareille pour Majorque en fin de journée, en solitaire cette fois… Une autre sensation..

Nuit tranquille sous voile par 15-20 noeuds grand largue. Mon réveil est calé toutes les 15 minutes car il y a de la circulation dans le secteur. Le vent tombe à l’aube, je passe la journée au moteur. Ne rien faire, se laisser bercer par la mer, lire et sommeiller toute la journée sans culpabiliser, une sensation salutaire. J’ai suivi la course du soleil de bout en bout et je crois que ça m’a fait du bien. Comme si on me remettait les pendules à l’heure…. Et surtout de ne pas être dérangé par toutes ces messageries plus aliénantes les unes que les autres !

Ce qui me surprend et me réjouis, c’est que depuis le départ on n’ait pas croisé un seul voilier. Cela augmente la sensation d’aventure.

L’arrivée à Majorque en fin de journée après 24h de nav est belle et émouvante…. C’est la première île du voyage.20171223_170345

Je choisis de nuit un mouillage au hasard sur Navionics. DODO

Le lendemain, je découvre une eau turquoise, un vent léger de 12-15 noeuds qui invite au kite surf. Quelle liberté de prendre son annexe pour aller gonfler sa voile sur une plage déserte…  Je crois que j’ai un mis un pied au paradis.20171224_143936

Nuit de Noël à Palma. Marina hors de prix (80 à 100 euros pour un 12 mètres hors saison !) et envahie de yacht de luxe. C’est pas vraiment l’ambiance grand voyageur, mais plutôt grand mytho !

Mais Palma est belle et elle le sait.

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C’est la fin de cette première étape. Le temps de trouver une marina moins chère au petit port d’Andraixt sur la côte sud de Majorque, et Back to Bamako pour 2-3 semaines.

Hasta luego Antinea !20171226_091743

C’est souvent comme ça ! Un jour on prend un marqueur, on trace un trait sur la carte du monde, épinglée depuis des siècles sur le mur de la cuisine, et c’est parti.
Rien de précis sauf un vieux rêve ou un profond instinct ne m’y pousse. J’ai envie de lire, d’écrire et de comprendre le monde avec mes yeux.
L’avenir ne me fait pas peur, ce genre d’aventure débouche toujours sur quelque chose …

Le bateau que j’ai choisi s’appelle Antinea . « Antinéa, reine des Touaregs, venait d’un autre royaume ayant la connaissance des étoiles. Elle a sauvé les Touaregs en les guidant dans le désert grâce à son savoir en astronomie (source wikipédia) » . Ce nom, en rapport avec le désert et les étoiles me convenait parfaitement. C’est important le nom d’un bateau, je n’aurai pas aimé devoir en changé. Sa taille, 42 pieds, c’est-à-dire 13 mètres, c’est parfait pour naviguer en solitaire et c’est le minimum pour ne pas se sentir trop petit dans les hautes latitudes….

Je partirai de Marseille. Le Vieux Port est un point de départ mythique pour un tour du monde, aussi pratique pour les préparatifs que pour les apéros…

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