Farouche Éthiopie

Farouche Éthiopie

Farouche Éthiopie Je vous déconseille d’arriver à Addis-Abeba après avoir lu Thesiger ! Thesiger, aventurier et écrivain anglais naquit à Addis en 1910 où il passa toute son enfance. Son père était le chef de la légation britannique auprès de l’empereur Menelik II. Après des études supérieures effectuées en Angleterre, il retourna en Éthiopie sans y exercer de fonction précise. Simplement, il préférait la rude existence des tribus nomades aux suaves salons d’Eton ou de Cambridge, l’aridité des hauts plateaux d’Éthiopie aux pluvieux cottages du Sussex. Il admirait – plus que le sens des affaires de ses compatriotes – l’endurance et les qualités humaines de ceux qui vivaient alors dans le plus simple appareil. À cette époque, les farouches guerriers d’Éthiopie chassaient le lion à la lance pour prouver leur bravoure et portaient en collier les testicules des ennemis tués au combat comme autant de médailles. Ce monde-là n’est plus ! Heureusement ou pas, telle est la question que l’on peut se poser aujourd’hui, un siècle plus tard, en débarquant à Addis-Abeba. La ville, déjà immense, est en pleine expansion, en pleine effervescence ! Le monde moderne impose sa musique, wagnérienne, à coups de pelleteuses et de bulldozers ! On détruit les vieux quartiers à tour […]

À la rencontre des Mélanésiens

À la rencontre des Mélanésiens

L’arrivée Quatre jours après notre départ des Fidji, nous accostâmes sur l’île de Tanna, au Vanuatu. Plus exactement dans la baie de Port Resolution, du nom d’un des deux navires du capitaine Cook – le Resolution et l’Endeavour – qui y pénétrèrent en 1774.La baie est majestueuse, profonde, bien abritée des houles et des vents du sud. Elle est dominée au nord par le volcan Yasur, un hyperactif dont nous entendions régulièrement les puissants grondements. Des jets de vapeur s’élevant de ses flancs sur la rive nord conféraient à la baie un indéniable petit côté mystique.Port Resolution est célèbre pour son histoire, sa configuration et son volcan. Néanmoins, il ne mérite pas pour autant le nom de port, car il n’existe absolument aucune infrastructure digne de ce nom dans cette baie. Notre carte marine indiquait bien la présence d’un yacht-club, mais nous n’en voyions aucune trace. Nous apprîmes par la suite qu’un cyclone avait dévasté quelques mois plus tôt ce qui en tenait lieu : une simple paillote à l’extrémité du village. Port Resolution est également le nom du village qui en défend l’entrée (jolie expression médiévale totalement inadaptée à la situation). C’est un village de quelques centaines d’habitations dont […]

Pèlerinage au Tchad

Pèlerinage au Tchad

Nos chameliers ne parlent plus. Cela signifie qu’eux aussi commencent à souffrir de la chaleur… Ce n’est pas trop tôt, car ces gars-là sont des durs à cuire ! Ils ne montrent jamais leur degré d’épuisement. À 10 h, Mamat, le chamelier en chef, avise quelques touffes d’herbe et décide de s’arrêter afin que ses chameaux en profitent pour se restaurer. Il remarque également que les Nassaras – c’est nous – ont l’air cuits, mais il n’a aucune pitié pour eux. Pourquoi en avoir ? Les Blancs ont-ils pitié des pauvres nomades comme lui ? se dit-il.

Stevenson et les iles Samoa

Stevenson et les iles Samoa

Mon bateau et moi avions dérivé dans les îles de la Société en attendant que les frontières maritimes s’ouvrent à l’Ouest. Les îles des petits archipels – comme les Cook, les Tonga, et les Samoa – prenaient leur temps. Elles s’étaient tellement protégées depuis le début du covid qu’elles surfaient encore sur la première vague tandis que les pays plus ouverts attendaient la prochaine série… Enfin, au cours de l’été 2022, probablement en manque de devises, elles se décidèrent à ouvrir leurs frontières aux touristes. J’accomplis mes formalités de sortie de Polynésie française à Bora Bora, où l’attitude débonnaire des gendarmes faisait plaisir à voir. Je filai ensuite vers l’île de Maupiti, puis l’atoll de Mopelia, la plus occidentale des terres habitées de la Polynésie française – quatre habitants à mon dernier recensement. Mopélia où j’attendis le bon créneau météo avant d’appareiller pour les Samoa. C’était le cœur lourd que je m’apprêtais à quitter la Polynésie après un an et demi de bons et loyaux services – si l’on considère que se laisser vivre est le meilleur service qu’un Occidental puisse rendre à l’humanité de nos jours… Mais après cette errance géographique et psychologique, où je n’avais pas pu écrire […]

A l’Ouest, rien de nouveau.

A l’Ouest, rien de nouveau.

A mes amis Bamakois. Le 17 mars à Marseille, s’est tenu le forum Europe-Afrique sur le thème : métropoles européennes et africaines, les actrices de la relance mondiale. Étaient présents le ministre français du commerce extérieur, les responsables de la métropole Aix- Marseille, quelques grandes entreprises européennes désireuses d’accroitre leurs activités en Afrique, et quelques responsables politiques africains venus exposer leurs besoins. Il faut savoir que la taille des capitales africaines double en moyenne tous les dix ans. Beaucoup de villes africaines dépasseront les dix millions d’habitants avant la fin de la décennie. Sur ce marché prometteur qui consiste à équiper les grandes métropoles africaines, les entreprises européennes, autrefois en position de quasi-monopole, sont à présent en concurrence avec le reste du monde. Comment rester attractives face à des concurrents qui cassent les prix et améliorent sans cesse leurs services ? Voilà un des défis que ce forum veut relever. Défi d’autant plus colossal que l’Europe n’a pas apporté aux capitales africaines une évolution particulièrement remarquable ces vingt-cinq dernières années.Je peux vous en parler, j’étais aux premières loges. Je me suis installé à Bamako, capitale du Mali, à la fin des années 90. À cette époque, Bamako était surnommée « […]

Con in fine S1 :E3

Des problèmes de santé et des ennuis mécaniques m’amenèrent à faire une escale de plusieurs semaines à Papeete. Mon bateau et mon corps avaient tous deux décidé de faire une halte. La marina de Papeete, où sommeillent paisiblement une cinquantaine de voiliers, se situe en plein centre-ville. Elle jouit d’une proximité agréable avec les établissements chics de la ville, boutiques, bars et restaurants. Bien que Papeete soit un important port commercial du Pacifique, il y règne une atmosphère débonnaire, semblable à celle des petits ports de plaisance en métropole. Il semblerait que le style polynésien parvienne à imposer son suave tempo à cette brutale activité économique. C’était la première fois depuis mon départ de Marseille, il y a quatre ans, que je reprenais vraiment contact avec mes compatriotes et leurs préoccupations du moment. J’écoutais le journal de France Inter en podcast le matin à la radio, entamais des conversations de comptoir au café du coin et participais parfois à des discussions animées à l’apéro en fin de journée. Je me rendis compte à quel point j’étais déconnecté. Je m’étais absenté quelques années à peine, mais entre-temps, le monde avait basculé. Je me demandais si un voyageur qui reviendrait après un […]